Vendredi 25 janvier 2008
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A propos des ancrages parentaux du type mon père m’a répété « j’ai l’impression que tu ne feras rien de ta vie » j’ai plusieurs remarques à
faire.
Ce que je vais dire est d’autant plus facile parce que moi-même, comme beaucoup d’entre nous, j’ai reçu moi aussi des « ordres »
parentaux.
Accrochez-vous bien parce que c’est un peu brusque.
En tant que parents, nous disons souvent « oui » aux demandes de nos enfants pour leur faire plaisir. Parfois, nous leur disons
« non » pour leur bien même si ça ne leur fait pas plaisir et que ça crée des conflits. Nous acceptons ce risque de conflit parce que nous aimons nos enfants plus que le confort et la
tranquilité de répondre affirmativement à leur caprice.
Quand j’obéis à un ordre paternel du type « tu ne feras rien », la dure réalité c’est que j’étouffe mon amour pour mon père.
Je l’écoute et je l’obéis parce que je préfère la tranquilité au conflit. Je préfère répondre favorablement à sa demande plutôt que de me positionner
sur ma véritable réponse : « Tu t’es trompé. Comment peux-tu te tromper à tel point. Je suis grand. Je suis très grand. ». Pire, je l’infantilise parce que je me dis qu’il ne
supporterait pas la douloureuse vérité : Il se trompe profondément. Je continue à faire semblant pour lui faire plaisir, pour lui donner raison.
C’est comme si mon fils à 12 ans me disait : « Le père Noël existe » et que je lui réponde « Tu as raison. Le Père Noël existe. Il est passé par la cheminé cette année. C’est
tous les autres qui mentent quand ils disent que c’est moi qui achète les cadeaux » et que je me mets en quatre pour le lui faire croire ce mensonge. Est-ce comme ça que je dois éduquer mon
fils. Est-ce que je l’aime si peu pour le laisser barboter dans son mensonge à ses dépends.
Quand j’obéis à un tel ordre, ce que je dis à mon père c’est :
« Papa je t’aime et pour toi je vais faire semblant. Je vais rester petit et je ne ferais rien de grand. C’est complètement débile ce que tu me
dis mais je continue à faire semblant. Je cache ma grandeur, ma splendeur. Pour te faire plaisir. Parce que je te considère comme un être faible. Parce que je pense que tu serais complètement
anéanti si je te disais la vérité sur ma grandeur. Parce que tu es malade et démuni. Tu vas mourir. Tu vas souffrir. Tu as déjà tellement souffert que je ne veux pas te causer plus de souffrance.
Parce que je te considère comme un enfant immature et irresponsable. Incapable de supporter ses erreurs. Incapable de reconnaître la vérité.
Je ne t’aime pas assez pour voir en toi une personne adulte et forte avec des ressources suffisantes pour se confronter à la réalité. Je préfère me tuer pour te laisser vivre dans l’illusion
d’avoir raison. Je ne t’aime pas assez pour voir en toi quelqu’un de grand qui préfère mon bonheur à ses certitudes. Non, je ne t’aime pas assez pour comprendre que tu m’aimes plus que tes
croyances. Je ne te donne pas le droit de te tromper. Je ne te respecte pas en tant qu’humain avec le droit à l’erreur. En fait je n’aime pas l’humain en toi. D’ailleurs je ne le vois même pas.
Je vois l’image, l’icône, l’idole, le symbole. Tout sauf toi.
Je vois juste quelqu’un qui est la cause de mes problèmes. Regarde comme j’ai des problèmes. Regarde comme à cause de toi mes problèmes sont grands. C’est de ta faute ! »
La vérité c’est que mon père m’aime plus que ses certitudes. Il préfère mon bonheur au fait d’avoir raison. Bien sûr que tout le monde voudrait avoir
raison. Qu’en tant qu’humain il aura des réflexes pour prouver absolument qu’il avait raison. C’est humain... Les questions sont : « Est-ce que je m’aime suffisamment pour lui
montrer qu’il a tort ? Est-ce que je l’aime suffisamment pour lui permettre de se tromper ? Est-ce que je l’aimerai encore alors qu’il s’est trompé à ce point ? (parce que pour
l’instant il a raison !) Est-ce qu’il m’aimera encore si je lui démontre l’énormité de sa bêtise ?»
La réponse est oui. Je l’aimerai toujours même s’il devait affirmer que la terre est plate. Je ne suis pas Galilée et ce n’est pas le Pape. Je
suis son fils et il est mon père. Rien de ce qui se fera ou se dira dans l’Univers ne pourra jamais effacer cette vérité.
J’ai aussi le droit de me tromper en faisant semblant d’être petit depuis des années. Je suis son fils après tout…
Enfin, je ne suis pas non obligé de me tromper tout le temps non plus J
Je suis grand, le reste est mensonge et erreur. Et tout le monde a le droit de se tromper, même mon père. Je l’aimerai toujours.
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